Démarche Artistique
Je travaille la matière comme on travaille une mémoire : par couches, par superpositions, jamais dans la précipitation. Mon atelier mêle l'acrylique et la modeling paste, la résine époxy et la feuille d'or, le posca et les pastels à l'huile — et, plus loin de la toile, l'argile, la soie et le tissu du Kinusaiga, cet art textile japonais que j'ai adapté à ma propre pratique. Chaque médium répond à un besoin précis : le relief de la modeling paste pour donner du corps à une blessure, l'or pour marquer une réparation plutôt que la cacher, le tissu pour porter la mémoire du corps et de l'enfance. Je passe aussi par des matériaux trouvés — un égagropile ramassé sur une plage de Sardaigne est ainsi devenu la texture d'une toile entière. Cette diversité n'est pas de l'éclectisme : c'est une manière de laisser chaque histoire choisir la matière qui peut la porter.

Mission
Ma mission est de donner une forme sensible à ce qui, souvent, ne trouve pas de mots : le deuil, l'exil, la reconstruction de soi. Je veux que chaque pièce soit un espace où la fragilité cesse d'être une faute et devienne une ligne de force visible. À travers mes œuvres, j'invite à porter un regard plus doux sur ses propres fêlures — et je souhaite que ce travail circule au-delà de l'atelier, dans des lieux où l'art peut accompagner d'autres parcours de résilience.
Vision
Ce qui traverse mon travail, depuis mes premières toiles jusqu'aux pièces sculpturales et textiles les plus récentes, c'est une même question : comment donner une forme visible à ce qui se répare. Le deuil, l'exil, la reconstruction de soi ne se disent pas toujours avec des mots ; je cherche à leur donner un corps dans la matière.
Le Kintsugi, le Wabi-Sabi, le Kinusaiga et le travail de l'argile forment aujourd'hui les piliers de cet univers. Chacun apporte sa propre texture à cette même recherche : la peinture pour l'espace et la couleur, le textile pour la mémoire du corps, l'argile et l'or pour la trace de ce qui a été réparé.
Je conçois la création comme un espace de réparation — pour l'artiste autant que pour celui qui regarde l'œuvre. L'art ne résout pas tout, mais il peut ouvrir cet espace-là.
